La croissance à tous prix ?

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Alors que l’Europe du Sud se rebelle contre les excès de la rigueur, alors que la France vient de voter dans le sens d’une indignation anticipée par principe de précaution et que même la vertueuse Allemagne semble traversée d’élections régionales contestant les dogmes de sa chancellerie, les peuples européens semblent las des efforts qu’on leur réclame. Sont-ils les seuls ?

Aux USA comme au CANADA, la paupérisation de certaines populations exclues des bénéfices accordées en général aux habitants des sociétés d’économie libérale s’est d’abord traduite en votes contestataires dans les urnes avant de tendre aujourd’hui vers des formes d’extrémisme qui accroissent encore un peu plus les déficits publics tant la sécurité coûte cher.

Une décennie au moins d’inconsistance dans la gestion publique des états en est l’une des causes. N’oublions pas cependant que la crise financière issue de 2007, venue d’outre atlantique, à contrainte tous les gouvernements de la planète (ou presque) à recapitaliser leurs banques par de l’argent public, accroissant ainsi un sentiment général d’injustice et un opprobre mondial sur tous les métiers financiers. Mais la principale cause (si l’on tient aux chiffres) tient en une raison majeure que peu de gens évaluent bien : l’adhésion de la CHINE à l’Organisation Mondiale du Commerce.

Signé à la hâte par Bush Junior en décembre 2001, sans exiger de réciprocité suffisante ni même obtenir cette importante variable d’ajustement et de rééquilibrage qu’est la convertibilité monétaire, l’adhésion de la Chine à l’ OMC consacrait certes l’évolution « capitaliste » de cet ancien temple du socialisme mais lui ouvrait surtout une économie mondiale progressant de 5% an (pour une démographie mondiale en hausse de 1, 5% an) , un formidable appel d’air pour ce pays qui était précédé par le BRESIL et l’INDE (1995) soit presque une moitié de l’humanité en soif de produire du low cost. Petit calcul : (( 1 *0,5 -0 ,01,5) / 2 = 0,5175) . Cela signifie que si au moment de partager les 20 petits gâteaux de Grand Mère entre 20 enfants invités à l’anniversaire, on accueille 20 enfants supplémentaires, ceux qui prévoyaient d’en manger 1 n’en auront que ½ et resteront sur leur faim même si les gâteaux étaient de 3,5% un petit peu plus gros que l’année dernière. Surtout si l’année suivante les nouveaux invités sont encore plus affamés et que les gâteaux rétrécissent, ce qui fût le cas en 2009 et risque de l’être durablement à partir de 2013.

Le déclin industriel des pays développés s’en est ressenti, freinant aussi celle d’autres économies émergentes –dont la Russie qui ne sera membre de l’OMC qu’en fin 2012- et ce fleuve désormais sans barrage de l’empire du milieu accumule, en vertu du principe des vases communicants, des torrents d’excédents financiers durant que s’assèchent durablement nos contrées qui préfèrent s’endetter plutôt que de s’adapter. Finalement le risque est que tout le monde –au sens propre- s’appauvrisse dans cette affaire par un excès de bonne volonté humanitaire.

Comment sortir de ce cercle vicieux puisque la vox populi veut de la croissance ? Et comment retrouver cette croissance ?

Je ne connais que 3 moyens (en écartant d’autres fausses solutions intermédiaires) :

· Le pari sur l’adaptation naturelle (école de Vienne, Von Mises, Hayeck, Bastiat…) qui suppose que tôt ou tard la population chinoise (suivie des autres petits dragons et … de l’Inde ?) exigera un standard de vie à l’occidentale, ce qui générera donc des coûts industriels proches de ceux constatés en Europe, et contraindra PEKIN d’adopter une fiscalité publique voisine des prélèvements obligatoires constatés généralement en OCDE. Fin du dumping social et fiscal : l’idéal permettant à tous de vivre mieux au grée des progrès technologiques. Mais force est de considérer que l’histoire et la géographie du continent chinois aussi vaste que les Etats Unis rendraient longue et complexe une telle harmonisation et supposeraient de l’admettre sur plusieurs générations. Entretemps, la Chine conquérante, en situation dominante, pourrait elle échapper aux récriminations du reste du monde ? Ce scénario d’adaptation naturelle serait bien sûr théoriquement le meilleur mais il semble irréaliste car nos indignés ne raisonnent pas sur un siècle.

· La régulation internationale ou l’application des protections temporaires de l’OMC. De même qu’en Europe la convention de Schengen prévoit des exceptions à la libre circulation, le traité de l’OMC prévoit des clauses de sauvegarde lorsque certains déséquilibres macro-économiques sont trop conséquents. Les USA, pour des raisons de politique extérieure, l’Europe pour des raisons d’inconsistance structurelle, « n’osent pas » affronter le tigre impérial même sur ce terrain. Il suffit de savoir que la moindre velléité d’établir une clause de protection environnementale (taxe carbone) suffit à Pékin pour annuler des commandes d’Airbus. Aucune mesure de rétorsion en retour. Le ventre mou occidental face au poing vigoureux du challenger annonce la victoire par KO du second par défaitisme annoncé du premier. Sauf si l’arbitrage est revu et corrigé. Après tout un tribunal ne fait qu’appliquer la loi, et il n’est pas impossible de changer cette loi, ou d’en exiger tous les effets, dont l’égalité des conditions de combat est la première règle. Il en résulterait un certain protectionnisme réciproque – via les taxes d’importations majorées- qui rendraient à nouveau compétitives certaines réindustrialisations dans nos pays acheteurs et qui contraindraient l’Asie à se concentrer d’avantage sur son marché intérieur plutôt que de vouloir accumuler des réserves en devises dont sa population ne profite pas. Cette hypothèse souvent évoqué se heurte aux divergences d’intérêts entre américains et européens d’une part, et entre européens –anglais en tête- d’autre part. Elle serait réaliste si les sommets du G8 (dont celui de ce week end à camp David) servaient à autre chose qu’à s’interroger sur les constants bouleversements politiques qu’impose la démocratie, qui ne permettent pas l’émergence de pouvoirs forts comme à Pékin ou à Moscou. Un scenario qui n’est pas impossible mais il ne semble pas dans l’air du temps.

  • La relance par les déficits : le dogmatisme allemand est-il encore de saison ? Les critères de Maastricht sont ils encore valables ? Si l’on relit l’histoire de l’adoption de ces ratios, qui conduisit à la création de la BCE et de l’ €uro, on peut en douter. Même leurs auteurs ( dont 80 % sont français) expliquent avoir « pondu » cette formule amusante en créant simplement une relation mathématique entre déficit et endettement, comme une équation de circonstance (en 1981 !) et admettent qu’elle est désormais inadaptée. Seuls 4 pays s/27 en Europe les respectent, encore ne représentent-ils pas plus de 5 % de la population de l’ U.E. On voit d’ailleurs la reprise de la croissance américaine en 2012 ( + 3 % attendu cette année contre 0,5 % en Europe) être financée par 8 % de déficits publics, on voit encore le Japon se maintenir au 3° PIB mondial malgré ses 200 % d’endettement public, alors que le dogme maastrichien prône comme rigoureux de ne jamais dépasser 3% de déficits budgétaires et 60 % d’endettement public du PIB. Et puis il y a déficit et déficit : celui acceptable qui résulte du décalage naturel entre le lancement d’un investissement productif et durable en attendant l’obtention du retour sur investissement ; celui moins acceptable qui résulte d’un excédent de train de vie : comme pour chacun d’entre nous, il est malsain d’entretenir un rythme croissant de dépenses alors que les revenus évoluent peu ou décroissent. Mais il ne faut pas confondre les deux. Bref, l’intangibilité « markellienne » des critères de rigueur qui découragent la croissance et engendrent des reculs de PIB comme dans l’Europe du sud actuellement peut être discutée. Toutefois, n’est ce pas casser le thermomètre pour éviter de constater la gabegie actuelle des finances publiques ? Financer par l’impôt un plan de relance (supposé =croissance) à crédit, tout en appliquant les critères de l’OMC et en rêvant que cela entrainera la terre entière, ne profitera t elle pas d’abord…aux chinois ? Là est le piège, là est la solution facile, qui peut s’avérer coûteuse et inutile si le contexte n’est pas maitrisé en amont.

On en fait l’expérience en France en 1981 avant que de constater que l’effort financier considérable consenti par nos contribuables n’a servi que l’industrie américaine, l’agriculture russe et la technologie japonaise ! Donc avant de dépenser l’argent public dans d’incertains plans de relances, il faut que les règles du jeu soient rétablies. Et ce contexte est d’abord diplomatique. N’oublions pas l’histoire économique ! 20.05.2012.

Rappel : Pacte de Stabilité et Croissance adopté par l’ U.E. en Octobre 2011, il y a 7 mois à peine !

  • moyenne mobile sur trois ans de la balance des transactions courantes en pourcentage du PIB (dans une fourchette comprise entre +6 % et -4 % du PIB)
  • évolution des parts de marché à l’exportation, mesurée en valeur (sur cinq années, avec un seuil critique de -6 %);
  • évolution sur trois ans des coûts unitaires nominaux de la main-d’œuvre (seuils de +9 % pour les pays de la zone euro, de +12 % pour les États hors zone euro);
  • variation sur trois ans des taux de change réels effectifs sur la base de déflateurs IPCH/IPC, par rapport à 35 autres pays industriels (seuils de -/+5 % pour les pays de la zone euro, de -/+11 % pour les pays hors zone euro);
  • dette du secteur privé en % du PIB (seuil de 160 %);
  • flux de crédit dans le secteur privé en % du PIB (seuil de 15 %);
  • variations en glissement annuel des prix de l’immobilier par rapport à un déflateur de la consommation calculé par Eurostat (seuil de 6 %);
  • dette du secteur des administrations publiques en % du PIB (seuil de 60 %);
  • moyenne mobile sur trois ans du taux de chômage (seuil de 10 %).

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