6 surprises dans les comptes de la BCE

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BCE : 6 surprises au moins sur les comptes 2011 de la BANQUE CENTRALE EUROPEENNE. 01.04.2012.

Toutes les banques sont à la peine. Outre l’impact des nouvelles normes internationales (IAS-IFRS ; BALE II à3) , la décote « spontanément acceptée » de la dette grecque, l’hostilité publique que connaissent à présent les professions financières, voila que les gouvernements de l’ Union Européenne s’entendent à vouloir taxer le peu qu’il reste des modestes bénéfices que les meilleures banques réussissent –par quelles prouesses ?- à obtenir.

Il y a pourtant une exception : une grande banque européenne affiche des profits insolents, son coefficient d’exploitation est le plus bas de toute la profession, elle dispose d’une carte d’immortalité légale et d’un bénéfice non imposable à faire pâlir Google ; vous l’avez deviné : il s’agit de la BCE pardi !

Ses comptes 2011 publiés il y a quelques jours sur 44 pages à peine sont un contre-modèle du genre. N’y cherchez pas l’application de toutes les exigences imposées aux établissements financiers, n’espérez ni transparence ni même le nom des autres grandes banques centrales dont la BCE est contrepartiste. Mais les résultats sont apparemment brillants. Apparemment.

SURPRISES :

1°) D’abord la BCE réinvente en 2010 son plan comptable applicable en 2011 (ni US GAAP, ni IAS-IFRS, ni rien d’autre que son propre modèle façon salade niçoise, bien sûr approuvé par des députés n’y connaissant rien) , mélangeant coûts historiques et « fair value » selon ses intérêts défiscalisés puisque la BCE ne paye pas d’impôts. Ainsi la réévaluation des actifs en devises peut être différent des cours de change observé (mentionné en page 7) ce qui signifie que ses réserves en or ou en devises ne sont pas liées au cours réel des échanges et sont donc « interprétables », de même que le cours effectif des dettes d’états, ce qui constitue une première surprise puisque la BCE utilise une comptabilité « créative ».

2°) Ensuite la BCE ne comptabilise -pour moi cela est particulièrement critiquable- que les seuls soldes journaliers d’opérations. On sait les défauts de ce système qui vaudrait un redressement fiscal à tout petit artisan ou commerçant : un solde quotidien ne dit rien des expositions intraday. Dès lors aucun des instruments financiers à moyen ou long terme n’est mentionné et le hors bilan  n’est pas publié donc les risques de contreparties sont inconnus; 2° surprise.

3°) Pas de crise pour la banque centrale : avec un bénéfice de 728 M€ pour 6,5 Md€ d’€ de capital, la BCE quadruple en 2011 ses résultats de 2010 et offre un rendement de 11% net à ses actionnaires. Vous cherchiez un placement sûr, liquide, rentable ? Voilà une bonne adresse. Son PNB double en 1 an, l’effectif reste constant (? 1600 employés) malgré un total de bilan en augmentation de 41 % ! Une rentabilité d’autant plus élevée que les fonds propres sont très faibles à ce niveau d’activité : à peine 2,80 % de tier one (6484/230872) ce qui paraitrait inacceptable aux yeux d’un régulateur national pour toute banque soumise à Bâle II. 3° Surprise.

4°) Considérons la qualité des actifs: quoique les banques « privées » aient du consentir à un ‘réaménagement volontaire ‘ de leurs créances grecques qui se traduira par une perte de 71% de leurs prêts + intérêts, la BCE prétend n’être pas concernée. Extrait du rapport : « le Conseil des gouverneurs a examiné l’incidence de l’initiative concernant la participation du secteur privé, annoncée en 2011, qui a proposé, à ce titre, une restructuration d’une partie de la dette émise par la République hellénique afin de garantir la soutenabilité de la dette à long terme. Une partie des avoirs de la BCE détenus dans le cadre du Programme pour les marchés de titres est composée de titres de créance émis par la République hellénique. Toutefois, compte tenu du fait que cette initiative visait à assurer une restructuration volontaire de la dette détenue par le secteur privé, elle ne devrait pas se traduire par des variations des flux de trésorerie contractuels futurs liés aux avoirs de la BCE.

Au 31 décembre 2011, le Conseil des gouverneurs estimait qu’aucun indice ne permettait de penser que cette initiative ne serait pas couronnée de succès. Par conséquent, aucune perte pour dépréciation n’a été enregistrée à la fin de l’année ». Page 17/44

Rappelons que l’ISDA à confirmé le défaut de paiement en mars 2012, quelques jours avant la publication des comptes, ce qui n’a guerre perturbé le banquier des banquiers européens. La BCE n’est donc pas officiellement impliquée, pour la simple raison qu’en adoptant la posture de « refinanceur » en dernier ressort des banques détentrices de ces créances, celles-ci n’ont pas intérêt à s’aventurer dans un conflit qui consisterait à se retourner contre leur « garant » BCE. Mais ou est l’équité, la morale et l’intérêt public dans cette affaire ? La vérité tout simplement ? La part de dette grecque finalement détenue par la BCE apparait donc vierge de toute dépréciation puisque celle-ci est supportée par les ‘privés’ sauf une petite part souscrite en direct : personnellement j’en tire la conclusion que les banques indépendantes ont acceptés ce coûteux arbitrage non dans l’intérêt de leurs actionnaires mais comme un pis-aller européen alors que la BCE s’y refusait. 4° surprise.

5°) On aurait tort pourtant de craindre la faillite de la BCE comme certains en brandissent la menace : certes elle est trop faiblement capitalisée mais en qualité d’émetteur exclusif elle ne peut être légalement placée en état de défaillance et surtout il lui suffit d’imprimer du papier monnaie pour se refinancer ! Beau métier… On notera en passant que le bilan de la BCE est plus important que celui de Federal Reserve, avec 2310 Milliards d’ € pour la BCE contre 2150 Milliards d’€ pour la banque centrale américaine. 5° surprise ? En réalité la dégradation des actifs de la BCE n’impacterait que le cours de l’€uro sur les places internationales alors qu’en favorisant les exportations mais en renchérissant les importations (la balance commerciale de l’ UE avec le reste du monde est à peu près équilibrée) le vrai risque serait de savoir si l’ €uro resterait une monnaie de référence.

6°) Cette impunité quant au risque de défaillance à un effet collatéral assez désagréable : la gestion de la BCE laisse pantois tous les financeurs de la terre contraints de revoir leur business model et de serrer les boulons. Ainsi quelques calculs simples permettent de constater que la masse salariale de 216 millions d’€ pour 1600 employés correspond à la somme sympathique de 135.000 €/ an et par employé, en hausse de 10 % sur un an! Passons sur le fait que le Président et le VP de la BCE se partagent 600 K€/ an à égalité mais on notera qu’il y a en moyenne 1 directeur pour 9 employés à la BCE. Cette armée mexicaine ne sait pourtant pas gérer un planning : lancé en 2002, le très moche, froid et gouffre énergétique qu’est le futur siège social de la BCE à francfort à déjà 4 ans de retard de livraison prévue, coutera bien plus que les 500 Millions d’ € annoncés et sera dépassé dès sa réception. En effet, il a été conçu pour 1500 salariés + 300 visiteurs, alors que l’effectif devrait évoluer à 2200 employés en 2015 selon mon estimation. Pourvu que la Grande Bretagne n’entre pas dans l’eurozone, il faudrait construire une annexe…. Une telle gabegie de moyens en période de crise économique et financière peut étonner : 6° surprise.

Il y en a bien d’autres : (suite s/ http://clairviel.fr.gd)

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