Prospérité = Excédent commercial?

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Prospérité = excédent commercial ? 03.07.2011

Les dirigeants européens paraissent confondre la prospérité et l’excédent commercial. L’Allemagne est souvent citée comme exemple d’une économie forte et compétitive par ses seules exportations, ce qui n’est pas la réalité.

Car la croissance dépend plus de la valeur ajoutée que de la capacité à exporter. Même si un pays connait plus d’importations que d’exportations, son économie peut être plus productive qu’un pays exportateur de matière première s’il dégage un excédent non marchand (financier, services…) suffisant à couvrir ses besoins. C’est le cas de la France.

L’idée que la richesse ne provient que des parts de marché internationales est dommageable. C’est à tort qu’on considère les pays qui ont des excédents commerciaux comme “compétitifs”, quelle que soit leur endettement et le poids de leur dette. Par exemple la Grande Bretagne dispose grâce au pétrole d’une balance commerciale moins déficitaire que la France mais son économie reste aussi moins compétitive car sa productivité est faible.

Rappelons que la balance commerciale n’est qu’une composante de la balance courante qui elle-même ne constitue qu’un élément de la balance des paiements, seul indicateur fiable à court terme de cette notion informelle qu’est la prospérité d’un état. Et qui explique pourquoi la France se compare assez bien à l’Allemagne, grâce à la forte valeur ajoutée industrielle (avionique, luxe…) mais aussi son tourisme et ses services.

http://stats.oecd.org/mei/default.asp?rev=1&lang=f

Les pays obsédés par la croissance extérieure adoptent une politique économique à courte vue. Si un gouvernement considère que sa prospérité ne dépend que de la compétitivité des exportations, il va donner la priorité à des éléments relevant de cette problématique et non à l’économie prise comme un tout. Cela peut conduire à des absurdités, la chine nous en a donné l’exemple le plus récent en plafonnant les salaires, décourageant le recours au crédit bancaire, limitant la mobilité intérieure des populations… Puis en relançant son économie interne.

Le lent déclin de la proportion des salaires dans le PIB au cours des 10 dernières années dans presque tous les pays de l’UE est un obstacle à une reprise de la consommation des ménages. Consécutivement, l’accroissement de la part du bénéfice des entreprises dans le PIB, ne s’est pas traduit par un boom des investissements, puisque la consommation stagne.

Aucun pays d’une certaine taille ne peut durablement s’éloigner des conditions concurrentielles de ses compétiteurs. Tacitement, l’OCDE à convenu d’une ou deux décennies de stagnation du niveau de vie de leurs populations, pour laisser une place suffisante à un 1.250 millions de terriens autrefois qualifié de « tiers monde ». Ce qui revient à admettre l’hypothèse de salaires et avantages sociaux en régression supportable en Europe (comme aux USA ou en Australie) pour permettre progressivement aux chinois d’acheter des machines-outils allemandes avant de pouvoir venir visiter Paris ou entendre un opéra à Sydney.

Bien sûr la meilleure démonstration de la compétitivité internationale reste la capacité exportatrice d’un pays quant à une production à forte valeur ajoutée. Et je ne prétends pas ici promouvoir l’autarcie. Je rappelle simplement que l’élément valeur ajoutée dans les échanges commerciaux n’est pas suffisamment pris en compte dans la balance commerciale et qu’un « déficit » apparent peut cacher un « profit » : vendre des Airbus aux émirats ne couvre pas la facture pétrolière mais la profitabilité de ces ventes rattrape un peu le coût de cette matière première. Sauf si bien sûr ces émirats viennent à utiliser ces Airbus en compétition avec les compagnies aériennes européennes, ce qui veut dire en consolidé que la valeur ajoutée gagnée par EADS aura été détruite par les pertes d’Air France KLM si la compagnie Emirates venait à représenter une part significative du transport aérien européen.

Malheureusement le taux de productivité décline en Europe. Et cela tient moins à une récession de la demande solvable (sauf en 2009, le PNB mondial croît d’environ 5 % an depuis 20 ans au moins) qu’au découragement des contributeurs européens et principalement français : confiscations fiscales et parafiscales d’une part, taux du chômage qualifié d’autre part. On pourrait penser que les états européens avaient raison de soutenir le second au moyen du premier moyen, par une spéculation sur un rétablissement plus ou moins rapide. Ce n’est pas le cas et la dette sociale est telle partout en Europe qu’elle n’a aucune chance de se refinancer par une improbable reprise qui devrait être alors de 10 % an durant 20 ans pour se résorber ! Il en résulte un cycle infernal de surendettement que seules une réforme majeure des institutions, suivi d’un plan de restructuration d’envergure -permettant un retour de la compétitivité européenne- pourraient résoudre.

Les perspectives de croissance de l’Europe ne sont peut-être pas très bonnes, mais pas encore dramatiques. Pourtant c’est maintenant que tout se joue, car dans 10 ans il sera trop tard. 03.07.2011

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